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déc 27

<em>Series Addict</em>, l'addiction aux séries vue par Olivier Joyard

Series Addict, l'addiction aux séries vue par Olivier Joyard


Canal + a diffusé début décembre un documentaire réalisé par Olivier Joyard, Series Addict, qui a suscité de vives réactions de la part des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel. Il nous semblait donc nécessaire de revenir sur la question.

Pour ceux à qui la polémique aurait échappé, ce documentaire est une enquête somme toute bien faite sur le phénomène des séries et leur évolution au cours de ces dernières années. Mais un passage, finalement bien peu de choses dans ces 50 minutes de film, a fait réagir nombre d’entre nous. En effet, le « fansubbing » y est, on peut le dire, littéralement porté aux nues.

Le documentaire prend le temps d’expliquer comment travaillent ces fansubbers, qualifiés de « sous-titreurs » par le narrateur. A l’aube, ces « héros de l’ombre » téléchargent les vidéos et les transcriptions pour sourds et malentendants, puis ils dispatchent chaque épisode entre différents subbers : certains traduisent, d’autres synchronisent, d’autres enfin, corrigent…

Là où le bât blesse, c’est qu’Olivier Joyard donne uniquement la parole aux fans et aux fansubbers, ce qui produit un discours assez surprenant, car ce documentaire affirme sans argumenter, sans remettre en question un seul instant l’éloge inconditionnel des fansubbers, et sans s’interroger sur les conditions de réalisation du fansubbing, que ce soit en termes de qualité ou de légalité.

Pas un mot sur le droit d’auteur, une notion reconnue internationalement à travers la Convention de Berne, ni sur le Code de la Propriété Intellectuelle français (voir lien à la fin de l’article) ou sur l’illégalité dans laquelle œuvrent les fansubbers. Oliver Joyard est auteur, ignore-t-il que les traducteurs audiovisuels le sont aussi ? Ignore-t-il le rôle important que le droit d’auteur joue dans la création audiovisuelle ou préfère-t-il laisser croire à son public tous les poncifs qu’on entend sur le sujet du piratage ? Le fansubbing serait un acte militant pour apporter la culture gratuite et défendre les fans de séries contre les gros producteurs qui s’en mettent plein les poches ? Naïf ou malhonnête ? A voir.

Si cette complaisance dans la présentation du fansubbing est un choix du réalisateur, qui est libre de donner la direction qu’il souhaite à son documentaire, elle nous amène à poser d’autres questions. Que pense donc Olivier Joyard du phénomène illégal qu’il encense ainsi ? Lui-même auteur, comprend-il le risque que représentent pour la création le fansubbing et le piratage ? Pourquoi n’a-t-il pas l’honnêteté de reconnaître que la majorité des sous-titres de fansubbing sont de piètre qualité, remplis de fautes et de contresens, mal synchronisés, repérés à la hache, rédigés en dépit du respect de la lisibilité du spectateur ?

De même, cela ne pose-t-il pas problème à Canal+, une chaîne payante qui a bâti son image sur des productions de qualité et sur la diffusion de séries en exclusivité, de diffuser un documentaire qui fait l’apologie d’une pratique qui va directement à l’encontre de ses valeurs et de ses intérêts économiques ? En effet, ce phénomène met directement l’industrie audiovisuelle en danger, ainsi que celle du doublage et du sous-titrage. Car si les séries ne sont plus regardées à la télévision mais piratées, elles rapportent moins d’argent aux chaînes françaises, qui peuvent encore moins investir dans le doublage et le sous-titrage.

Certes, certaines plaintes avancées par les fans sont légitimes. Il est vrai que le retard entre les diffusions américaines et françaises est considérable. Et quand les chaînes font l’effort de mettre les épisodes à disposition très rapidement, c’est à des prix prohibitifs. De plus, les téléspectateurs qui souhaitent se tourner vers les éditions DVD sont souvent confrontés à des sous-titrages catastrophiques, payés au rabais et réalisés par des non professionnels engagés par de grandes multinationales de la localisation. Mais, d’une part, le droit de se plaindre ne donne pas le droit de voler, et, d’autre part, les fans ne pousseront pas les chaînes à faire davantage d’effort en les volant. Deux évidences qui semblent avoir échappé à Olivier Joyard.

Voilà pourquoi ce documentaire nous a choqués, notamment sur une chaîne dont les points forts sont la qualité et l’innovation, deux ambitions incompatibles avec le piratage. Nous souhaitions donc exercer notre droit de réponse et le faisons tout d’abord en publiant ce billet sur le blog de l’Ataa avant de passer à une action plus large qui visera à faire connaître et souligner les lacunes de ce documentaire.



Un lien indispensable : « Fansubbing et droit d’auteur : le sous-titrage par les fans d’œuvres protégées est-il légal ? »


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déc 21

the prosperous translator

Voici une deuxième chronique issue de l’ouvrage de Chris Durban The Prosperous Translator, traduite cette fois par Raphaëlle Antczak. Le texte original en anglais est à la suite.

Pour retrouver toutes les chroniques traduites, cliquez ici.

Question :

Chères Fourmi de feu et Abeille ouvrière,

Je suis sur le point d’entamer une année sabbatique en Amérique latine et je cherche des moyens de financer ce projet. Je parle bien espagnol mais pas couramment et, en tant qu’étudiant en lettres modernes, mon anglais écrit est correct : j’ai le sens de la tournure et de la langue. Je reconnais que je ne pourrais pas exiger un tarif aussi élevé qu’un traducteur professionnel et qu’aucune agence de traduction ne sera prête à m’engager, mais où puis-je trouver du travail pour jeunes traducteurs amateurs ? Rien ne me paraîtra trop ennuyeux ou mal payé. Toute suggestion serait la bienvenue.

Yannick Sabb’attage

Réponse :

Cher Sabb’attage,

Manque de chance, votre lettre est arrivée juste après la mise sous presse du dernier numéro. Nous sommes prêtes à parier que vous lisez ces lignes dans un cybercafé du centre de Quito, avec votre billet de retour non-échangeable et non-remboursable daté du 30 mars prochain planqué dans le tiroir de votre bureau à l’auberge de jeunesse où vous séjournez. On vous voit d’ici déguster un batido de naranjilla avec, dans votre sac, quelques textes à traduire en urgence pour Traducciones Acme.

Notre conseil : reconsidérez votre projet. Pas le fait de prendre une année sabbatique, bien sûr. Se donner un an pour voir le monde avant de commencer ses études est une idée grandiose. Mais votre objectif premier à ce stade de votre vie et de votre formation devrait être de vous immerger 24 heures sur 24 dans une culture et une langue étrangères. Ce qui veut dire fréquenter des gens du pays tous âges confondus, parler uniquement espagnol et vous forger une expérience qui vous sera utile à l’université puis dans la jungle professionnelle.

La seule façon d’y arriver est d’éviter les expatriés, or vous êtes sûr de tomber entre leurs griffes si vous franchissez le seuil d’une agence de traduction.

Vous avez besoin d’argent ? Renseignez-vous autour de vous : si vous aimez les enfants, devenez baby-sitter (un excellent moyen de parfaire vos compétences en langues étrangères). Soyez serveur. Faites-vous embaucher comme cuisinier dans l’équivalent local du fast-food. Faites les vendanges. Gonflez-vous les biscotos et postulez en tant que videur dans un club de salsa. Mais quoi que vous fassiez, vivez et parlez en espagnol, uniquement en espagnol.

Si nous nous sommes trompées et que vous dormez sous un pont sans perspective de rémunération autre que l’exploitation de votre langue maternelle, nous vous conseillons de donner des cours de conversation plutôt que de vous lancer dans la traduction bradée. Les échanges oraux et directs vous permettront de tirer un maximum de votre louable énergie et de votre assurance balbutiante (« en tant qu’étudiant en lettres modernes, mon anglais écrit est correct »). Mieux, puisque les conversations sont par nature éphémères, elles présentent moins de risques pour les clients qui, même s’ils s’adressent aux prestataires les plus bas de gamme, méritent un rendu quelque peu supérieur au travail d’un étudiant.

FF & AO

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sept 09

Doublage traditionnel

Doublage traditionnel

Les grandes évolutions du marché de la traduction audiovisuelle, dans un paysage en pleine mutation, sont conditionnées par les comportements de quatre acteurs majeurs.

  • Les commanditaires (chaînes, éditeurs, distributeurs), qui cherchent à limiter leurs coûts tout en préservant la qualité des adaptations.

  • Les prestataires techniques qui, souvent, engagent les auteurs, mais qui, face à la pression des commanditaires, cherchent à préserver leurs marges.

  • Les formations à la traduction audiovisuelle, qui cherchent à maintenir ou augmenter le nombre d’étudiants inscrits.

  • Les auteurs, qui cherchent à travailler.

Les rapports de force entre ces quatre acteurs sont longtemps restés à peu près équilibrés. Mais depuis quinze ans, aussi bien en termes de conditions de travail que de qualité, le sous-titrage de traduction, puis le voice-over et le sous-titrage à destination des sourds et malentendants ont successivement pâti de graves déséquilibres apparus sur le marché de la traduction audiovisuelle.

Or l’observation des faits permet de conclure que le doublage se trouve aujourd’hui dans la même situation que le sous-titrage il y a une quinzaine d’années. En effet, la conjonction de plusieurs facteurs déterminants menace aujourd’hui de pousser les différents acteurs du doublage à répéter les erreurs commises dans le passé par le secteur du sous-titrage.



1) Augmentation massive des volumes


Comme il y a quinze ans, avec l’arrivée du câble puis du DVD, l’explosion des séries a provoqué une augmentation rapide de la demande de doublage. Ceci aurait pu bénéficier aux traducteurs en exercice, mais la multiplication des formations et la mécanisation de la profession ont produit l’effet inverse et accentué la pression sur les tarifs.



2) Multiplication des formations à la traduction audiovisuelle et augmentation du nombre de traducteurs


Le marché de la traduction audiovisuelle continue à être perçu, à tort, comme prometteur par des enseignants pas toujours au fait des réalités économiques, statutaires et pratiques du métier d’auteur. De plus, en pensant accompagner l’évolution technique de la profession, ces formations ont largement investi dans des outils informatiques coûteux, encouragées dans cette voie par le démarchage agressif de certains éditeurs de logiciels. Ces investissements, qu’elles doivent rentabiliser, les incitent à promettre des débouchés aux étudiants, alors qu’aucun contrôle administratif n’est exercé sur la réalité de ces promesses.

Si 50 à 100 diplômés en traduction audiovisuelle ont été formés entre 1982 et 1992 (chiffres cumulés), puis environ 230 entre 1992 et 2002 (idem), nous en sommes aujourd’hui à 60 par an. Or la mise en parallèle de l’effondrement des tarifs et de l’augmentation du nombre de formations montre que l’explosion de ces formations est une des causes principales de la dégradation des conditions de travail. Tout porte à croire que les mêmes causes auront les mêmes effets dans le domaine du doublage. À ces jeunes diplômés s’ajoutent, entre autres, les détecteurs et calligraphes qui se reconvertissent au doublage parce qu’ils ont de moins en moins de travail.



3) Mécanisation de la profession


L’apparition des logiciels de sous-titrage au milieu des années 1990 a accéléré la dégradation des conditions de travail, non parce que la technologie est nuisible en elle-même, mais parce que les laboratoires ont pu, grâce à elle, obliger les auteurs à s’équiper pour réaliser leur propre repérage et généraliser peu à peu les tarifs « tout compris » (repérage + adaptation). Face à la pression des chaînes et des éditeurs, les prestataires de postproduction ont pu ainsi préserver leurs marges en limitant leurs propres investissements techniques, puisque ceux-ci étaient soit reportés sur les auteurs, soit rendus inutiles par la dématérialisation progressive des supports.

La chaîne technique du doublage étant plus complexe, il a fallu attendre l’avènement du numérique pour que les laboratoires puissent imposer l’utilisation de logiciels et, avec elle, des contraintes semblables : nécessité d’acheter un logiciel pour travailler (alors que les bandes-mères du doublage traditionnel, pourtant plus coûteuses que les logiciels, ont toujours été payées par les entreprises), détection imposée, parfois non rémunérée, alors que le numérique fait réaliser des économies considérables aux entreprises, notamment du fait de la disparition du matériel physique et du métier de calligraphe. Différence importante par rapport au sous-titrage, et qui aggrave la situation, les éditeurs informatiques n’ont pas établi de standard commun permettant la compatibilité entre fichiers de doublage créés sur des programmes différents, ce qui oblige les auteurs à acheter plusieurs logiciels en fonction de leurs clients.



4) Une impression de sécurité et même de prospérité


Comme les auteurs de sous-titres il y a quinze ans, les auteurs de doublage exerçant aujourd’hui, notamment les plus jeunes, évoluent dans un marché qui semble sain et dynamique. Les saisons de séries s’enchaînent, les commandes affluent et le métier se modernise, même s’il faut, en contrepartie, consentir à une baisse de la qualité, à la fragilisation de certaines professions (détecteur, calligraphe), et à des entorses au Code du travail, qui consistent à obliger les auteurs à effectuer la détection gratuitement, ou à les payer en droits d’auteur pour cette tâche, au lieu de les rémunérer en salaires, comme l’exige la loi.



Il serait bien sûr possible de détailler et de nuancer chacun de ces quatre points, mais là n’est pas l’essentiel. En effet, c’est la conjonction de ces facteurs qui menace aujourd’hui le métier du doublage. Augmentation des volumes, mécanisation et multiplication des formations font chuter les tarifs et poussent les jeunes auteurs (et parfois même les moins jeunes) à accepter des conditions de travail en constante dégradation. Dans quelques années, si rien n’est fait, de nombreux auteurs confrontés à cette situation se demanderont : «  Mais pourquoi n’avons-nous rien vu venir ?  »

Le doublage est donc à un tournant. Il est de la responsabilité de chacun de refuser les conditions de travail susceptibles de nuire à la profession dans son ensemble. En d’autres termes, de ne pas scier la branche sur laquelle il est assis. Cependant, les expériences conjointes du Snac et de l’Ataa montrent que le moyen d’action le plus efficace face à la crise qui nous a frappés hier et menace aujourd’hui est l’action auprès des institutions et des pouvoirs publics dont dépendent nos intérêts et ceux de nos métiers. Ainsi, une Charte des bons usages dans le doublage et le sous-titrage élaborée sous l’égide du CNC vient d’être signée par la Ficam, les représentants des auteurs et ceux de nombreux commanditaires. Ce document représente une avancée importante pour notre secteur d’activité, et il faut désormais redoubler d’efforts pour en concrétiser les potentialités.



Auteurs de sous-titrage, auteurs de doublage, il n’est jamais trop tard pour agir. L’Ataa et le Snac vous représentent, mais comme tout organisme représentatif, ils ne sont que la somme de leurs adhérents. A ce titre, la nature et la portée de leur action dépendent entièrement de votre participation.

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avr 18
Medietext, une expérience rafraîchissante

Medietext, une expérience rafraîchissante

Depuis sa création en 2006, l’ATAA entretient des rapports amicaux avec de nombreuses autres associations de traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel en Europe et suit attentivement l’actualité de nos métiers à l’étranger. En Suède, la profession a connu il y a quelques années de profonds bouleversements qui ont conduit à les adaptateurs à se regrouper pour créer leur propre entreprise de services de sous-titrage, Medietext (son site comporte notamment une page de présentation en français).

Nicholas Ryderås nous raconte l’aventure de la naissance de Medietext, à laquelle il a participé, et son évolution au cours des cinq dernières années. Son texte, en anglais, est reproduit à la suite de la traduction. Un grand merci à Karine Rybaka pour la version française.

L’histoire de Medietext

Par Nicholas Ryderås

Medietext est née d’une crise. Au début de l’été 2006, la chaîne de télévision publique suédoise, SVT, annonce à son équipe de traducteurs-adaptateurs, composée d’une centaine de free-lances fidèles depuis de nombreuses années, qu’elle n’aura plus besoin de ses services. En effet, SVT a décidé de s’adresser désormais à des sociétés de sous-titrage privées. La chaîne publique va donc lancer un appel d’offres à destination de ces sociétés.

Bien évidemment, les traducteurs-adaptateurs de SVT sont sous le choc. Un grand nombre d’entre eux travaillent régulièrement pour la chaîne depuis près de 30 ans. Par ailleurs, l’idée de se tourner vers le privé semble assez éloignée des principes de service public de SVT, car il est bien connu que la qualité et les conditions de travail sont plus que douteuses dans les sociétés de sous-titrage privées. Mais la décision est sans appel. Une décision manifestement motivée par des raisons économiques, mais également en accord avec la nouvelle politique de SVT en matière de sous-traitance.

Comment ce changement de politique a-t-il été possible ? Comment une chaîne de télévision publique a-t-elle pu démanteler une structure adaptée à ses besoins depuis des décennies, et comptant dans ses rangs des traducteurs extrêmement compétents dans un grand nombre de langues ? Contre toute attente, le syndicat de la profession en est le premier responsable. En Suède, il n’y a pas de salaire minimum légal. Les salaires sont négociés entre les syndicats et les employeurs, pour chaque branche d’activité. Mais le syndicat des traducteurs de sous-titres, Teaterförbundet» , avait signé deux accords pour le même type d’activité : l’un fixant des salaires très élevés, avec SVT, et l’autre des salaires très bas, avec les sociétés privées. En acceptant ce deuxième accord, le syndicat signait l’arrêt de mort de ses propres membres.

Comment donc une société a-t-elle pu naître d’une telle crise ? Les traducteurs ont commencé par se réunir afin d’évaluer la situation. Rapidement, ces réunions se sont transformées en discussions sur le besoin de s’adapter à la concurrence et de créer une société privée offrant un service de qualité. Il devint rapidement évident que les anciens traducteurs de SVT possédaient des compétences précieuses et un fort potentiel économique. En fait, c’était un peu comme une usine sur le point de démarrer sa production : les machines et les ouvriers étaient en place. Il manquait juste un responsable pour procéder à la mise en route. Heureusement, parmi les traducteurs de SVT se trouvaient quelques personnes dotées de l’esprit d’entreprise, dont une avait une expérience en gestion des entreprises, et une autre était experte en logiciels de sous-titrage. Et en engageant un consultant expérimenté, les traducteurs acquirent instantanément la crédibilité et la structure nécessaires pour fonder une société et répondre à l’appel d’offres de SVT.

Ainsi, au beau milieu des congés d’été suédois, naît Medietext, société à responsabilité limitée de cinquante associés. Un conseil d’administration est élu, le consultant, engagé, et le dossier de soumission à l’appel d’offres, préparé. Les traducteurs de Medietext veulent proposer un travail de qualité, alors rare au sein des sociétés privées, et revaloriser les tarifs des traducteurs-adaptateurs.

Les négociations avec SVT se passent bien et un contrat est signé entre la chaîne et Medietext. Bien entendu, cette réussite a un prix. Pour être compétitive, Medietext doit baisser les anciens tarifs de SVT d’environ 30 %. Malgré tout, les nouveaux tarifs négociés restent près de deux fois plus élevés que ceux des autres sociétés privées. En un rien de temps, Medietext devient la quatrième société de sous-titrage du pays, et parvient à établir un niveau de rémunération parfaitement décent pour le privé . À partir de là, les traducteurs de Medietext n’ont qu’un but : réaliser et encourager un sous-titrage de qualité, avec des conditions de travail acceptables ; diriger leur entreprise sans profits excessifs, de manière à ce que l’essentiel des bénéfices soient destinés aux traducteurs. Au final, les clients obtiennent un bon rapport qualité/prix, et les traducteurs sont correctement rémunérés pour leur travail. Tout le monde est gagnant.

Medietext s’impose rapidement comme la société de sous-titrage de référence sur le marché suédois. Elle trouve de nouveaux clients soucieux de la qualité, tels que les majors du cinéma, la chaîne TV4 (la plus grande chaîne commerciale de Scandinavie), des sociétés de production indépendantes, ou encore Axess TV, chaîne culturelle et scientifique à but non lucratif. En outre, Medietext parvient également à conquérir le marché danois, en proposant aux traducteurs du Danemark de bons tarifs pour sous-titrer des programmes suédois dans leur langue. Enfin, Medietext a récemment étendu ses services à la postproduction. Onze salariés travaillent aujourd’hui au siège de la société, qui collabore de façon régulière avec plus d’une centaine de free-lances, basés essentiellement en Suède et au Danemark.

Les fondateurs de Medietext estiment que la présence de leur société sur le marché du sous-titrage aura un impact sur les conditions de travail des adaptateurs free-lance. Ils ont prouvé aux clients que la qualité méritait un certain budget, et aux traducteurs que des tarifs convenables n’étaient pas une utopie. De bonnes conditions de travail profiteront à tous. Enfin, améliorer ces conditions se fera en collaboration avec les syndicats. Les traducteurs de sous-titres free-lances ont récemment quitté leur syndicat, Teaterförbundet, pour rejoindre celui des journalistes, dans l’espoir que cela sera positif pour le marché du sous-titrage suédois.


Traduction française : Karine Rybaka



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jan 19

Sonovision, revue professionnelle de l’audiovisuel, consacre un long article à la situation des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel dans son numéro 558 de janvier 2011.

Nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de Lionel Ollier, rédacteur en chef de cette publication et auteur de l’article.

 

L’adaptation audiovisuelle dans tous ses états

 

L’Ataa, l’Association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel, tire la sonnette d’alarme et tente de faire prendre conscience aux distributeurs, chaînes de télé… de l’importance de maintenir des conditions de travail viables pour les créateurs de doublages et de sous-titrages.

 

Séance de sous-titrage pour Anaïs Duchet, présidente de l’Ataa, qui aime à répéter que le traducteur traduit du sens, pas des mots.

Séance de sous-titrage pour Anaïs Duchet, présidente de l’Ataa,
qui aime à répéter que le traducteur traduit du sens,
pas des mots.

L’association a été créée en 2006 afin de fédérer les auteurs de sous-titrage, de doublage d’audiodescription, de voice over et de sous-titrage dont les conditions de travail sont de plus en plus difficiles. Elle travaille en parallèle du syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC) qui représente également ces métiers aux côtés d’autres professions. L’Ataa dénonce un manque de reconnaissance et des tarifs régulièrement à la baisse. Si les métiers de réalisateurs, scénaristes, dialoguistes font partie du domaine artistique, la traduction audiovisuelle, qui consiste à traduire l’œuvre sous forme de doublage ou de sous-titrage, est aussi une activité de création. Comme le font remarquer les auteurs de l’association, il s’agit d’un travail d’adaptation littéraire et non d’une traduction technique. Les femmes et hommes qui exercent ce métier ne sont ni salariés ni intermittents du spectacle, ils ont le statut d’auteur. « Il n’y a pas de convention collective pour le statut d’auteur. Mais c’est un statut auquel nous tenons beaucoup car il témoigne de notre participation au processus de création », explique Anaïs Duchet, présidente de l’Ataa, auteur de sous-titrage et de voice over. « La conséquence de cette absence de réglementation des tarifs, c’est que le prix d’un sous-titre varie du simple au triple selon que l’on travaille pour le cinéma, la télé, l’édition vidéo… ajoute la jeune femme. Pour le cinéma, le tarif syndical est de 3,90 euros le sous-titre. Les prix ont pour l’instant tendance à se maintenir pour les grands studios, mais ce n’est hélas pas le cas général. Côté télé, le tarif syndical est de 2,80 euros le sous-titre, mais dans la pratique, les prix varient énormément et peuvent chuter jusqu’à 0,20 euro. Le problème réside dans le fait que notre travail est de plus en plus intégré dans un forfait global facturé sur la durée (à la minute, à l’épisode ou au long-métrage) et négocié entre le producteur ou la chaîne et le postproducteur. » Pour l’Ataa, le mode de rémunération forfaitaire n’est pas satisfaisant car il ne correspond pas au travail réel fourni : en effet, le nombre de sous-titres ou de lignes de doublage d’un documentaire ou d’un long-métrage peut varier du simple au double. La pression se fait sentir autant sur le secteur du documentaire que sur celui de la fiction, du côté des adaptateurs mais aussi des postproducteurs.

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déc 06

Fruit de trois ans de travail, la brochure Faire adapter une œuvre audiovisuelle – Guide du sous-titrage et du doublage est enfin achevée, mise en page et imprimée.

Il s’agit de la première publication de l’ATAA. Elle est coéditée avec l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF), laquelle a contribué à sa rédaction, et s’adresse aux véritables destinataires des traductions/adaptations audiovisuelles, que l’on appelle globalement les diffuseurs (y compris les entreprises hors du secteur de l’audiovisuel qui souhaitent faire adapter des programmes institutionnels).

La raison d’être de cette brochure est double : renouer le dialogue entre les auteurs et les commanditaires de traductions/adaptations, et œuvrer en faveur de la qualité en détaillant les conditions indispensables à l’obtention d’une adaptation qui rende justice à l’œuvre originale. L’ATAA entend ainsi mettre en lumière la valeur ajoutée que représente une bonne traduction – et, a contrario, rappeler combien une adaptation peut nuire à une œuvre si elle n’est pas réalisée dans les règles de l’art.

La brochure est structurée en trois grandes parties : tout d’abord, une partie générale qui présente les trois spécialités de la traduction audiovisuelle (sous-titrage, doublage et voice-over) et décrit les conditions d’un travail de qualité. Dans un deuxième temps, la brochure s’adresse spécifiquement à ses différents destinataires : réalisateurs et producteurs, distributeurs, chaînes de télévision, éditeurs vidéo/DVD, festivals, entreprises et institutions. C’est l’occasion de prodiguer des conseils ciblés en fonction des particularités de chaque type de commanditaire. Enfin, les dernières pages abordent des questions liées au statut d’auteur des traducteurs/adaptateurs.

Ce guide du sous-titrage et du doublage est disponible en PDF sur le site de l’ATAA. Et sans plus attendre, vous pouvez la feuilleter virtuellement ici même !

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oct 12

Bangalore : ses temples, ses parcs et... ses traducteurs

Bangalore : ses temples, ses parcs et... ses traducteurs

« L’insertion professionnelle des jeunes diplômés »…

Une expression employée par les universités, les administrations et les centres de recherche pour évaluer la façon dont les étudiants négocient le difficile passage du système éducatif au monde du travail.

Un critère important pour les jeunes à la recherche d’une formation qui leur permettra de vivre grâce aux qualifications et aux compétences qu’ils auront acquises.

Et un casse-tête pour les formations à la traduction audiovisuelle, soucieuses d’assurer un avenir viable et souriant à leurs étudiants.

Face à ce délicat problème, il semble que le Master 2 de Traduction Audiovisuelle de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense ait décidé de prendre le taureau par les cornes, puisqu’il diffusait récemment une offre alléchante à ses anciens étudiants, dont voici un long extrait :

We are currently looking for several qualified professionals with language skills in Indo-European or Asian languages for our DVD localization team in our Bangalore office. Details are provided below:

English to Foreign Language Specialists

The Role:
- Formatting foreign-language scripts for Hollywood movie into subtitle files in accordance to studio specifications for DVD distribution
- Matching foreign-language subtitle files to English audio and vice versa
- Performing quality control checks on language subtitles
- Liaising with Language Project Coordinators in affiliate offices worldwide

(…)

All candidates must:
- Must take an online language proficiency test
- Be prepared to work in the evenings, 4PM-12AM/Midnight
(free transport will be provided by the company)
- Be based in Bangalore or able to relocate to Bangalore and available to join immediately

L’offre émane d’une grande multinationale du sous-titrage, Deluxe Digital Studios, connue jusqu’à une date récente sous le nom de Softitler. Renseignements pris, le salaire brut de départ se monte à 40 000 roupies indiennes, soit environ 660 euros par mois (conversion au 17 septembre 2010).

Alors oui, on entend déjà les cris d’orfraie de la profession : « C’est une honte, enfin, envoyer les jeunes diplômés en Inde… » Mais refusant de céder à la facilité – et à la morosité ambiante – l’Ataa a décidé de recenser les points positifs de cette offre. Et franchement, ils sont innombrables :

  • En allant travailler pour cette multinationale à Bangalore, les jeunes diplômés de Nanterre bénéficieront d’une formidable expérience internationale dans un pays exotique en pleine expansion. Chercher du travail en France quand on est un traducteur de langue maternelle française, que l’on a achevé sa formation en France et que l’on compte travailler pour des commanditaires français, c’est passablement ridicule – et complètement dépassé, comme chacun le sait.

  • Ils se retrouveront en prise directe avec les enjeux de la mondialisation : la délocalisation des services linguistiques est un sujet d’actualité (on pourra lire à ce sujet cette longue discussion sur le forum de traducteurs proz.com, qui date de quelques années mais n’a rien perdu de sa pertinence), rien de tel qu’une immersion au paradis de la délocalisation pour s’en faire une idée par soi-même.

  • Ils bénéficieront d’une première expérience dans un environnement où la qualité est au cœur du processus de traduction. Il suffit, pour s’en convaincre, de visionner les sous-titres réalisés par Softitler/Deluxe Digital Studios.

  • Ils apprendront la flexibilité, une aptitude indispensable dans le monde d’aujourd’hui. Joignables à tout instant, prêts à travailler de nuit, ces jeunes traducteurs seront, à l’issue de cette formidable (répétons-le) expérience professionnelle, des candidats idéaux pour travailler en free-lance pour la même multinationale. À l’époque où cette dernière s’appelait Softitler, elle proposait aux traducteurs indépendants un généreux tarif de 0,20 dollar par sous-titre traduit (soit 15 centimes d’euro, conversion au 17 septembre 2010). À titre indicatif, le tarif syndical minimum recommandé par le SNAC se monte actuellement à 2,80 euros, c’est-à-dire près de 20 fois plus. Autant dire que cette perspective est, là encore, fort alléchante.

  • Mais surtout, cette offre d’emploi apporte une solution révolutionnaire (et ingénieuse en diable) au problème de la baisse des revenus des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel. Peu importe, finalement, que l’on ne puisse plus vivre du sous-titrage en France : il est toujours possible d’aller exercer le même métier à l’autre bout du monde. Et avec 660 euros par mois, il faut savoir qu’on vit très bien en Inde. Là encore, vouloir préserver le métier sur le territoire français est une ambition tout à fait ridicule. D’ailleurs, si tous les traducteurs de France voulaient se donner la peine de se délocaliser en Inde, ils râleraient beaucoup moins.

  • Prête à tout pour le bien de ses anciens étudiants, la formation qui diffuse cette offre n’hésite pas à prendre le risque de mettre en péril sa propre pérennité. Après tout, si le marché français de la traduction audiovisuelle continue à se délocaliser et si le métier disparaît peu à peu du territoire français, il deviendra à terme inutile de former des auteurs de sous-titres en France. Mieux vaudra aller faire ses études directement dans les pays à faible niveau de vie pour se trouver à la source, à proximité des entreprises implantées sur place. Audacieuse stratégie, donc (mais qui a sans doute sa raison d’être, nous n’en doutons pas).

  • On notera que le Master 2 de Nanterre n’hésite pas non plus à se démarquer de la pensée unique : dans un pays où le SMIC brut mensuel se monte actuellement à un peu plus de 1 300 euros, tous niveaux de qualification confondus, il suggère sans complexes à ses étudiants diplômés Bac+5 de travailler pour un salaire représentant la moitié de ce montant. Une façon, sans doute, de braver les idées reçues.

Au-delà de l’ironie, il n’est pas question ici de montrer du doigt telle ou telle formation, ni de dénigrer en bloc les tentatives des Masters 2 pour accompagner les débuts professionnels de leurs étudiants. Mais de dire simplement ceci : la traduction/adaptation audiovisuelle est un secteur en crise, il serait vain et contreproductif de le nier. Si les formations spécialisées veulent espérer former non plus des chômeurs mais de futurs traducteurs professionnels exerçant leur métier avec l’amour du travail bien fait et dans des conditions matérielles satisfaisantes, il est indispensable qu’elles travaillent main dans la main avec les organisations représentant la profession, qui connaissent la réalité du terrain et vivent au quotidien la dégradation du marché de la traduction audiovisuelle. Former toujours plus de jeunes traducteurs, passer sous silence la nature exacte des débouchés qui s’offrent à eux et les encourager à travailler dans des conditions indignes de leur niveau d’étude est hautement néfaste, tant pour la crédibilité des Masters 2 que pour la profession dans son ensemble.

Et répétons-le : non, envoyer les traducteurs de l’audiovisuel travailler en Inde n’est pas une solution.

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sept 02

Jamie Stokes est anglais, il vit en Pologne et il aime le cinéma. Ne parlant pas couramment le polonais, il a, souvent pour son malheur, un besoin absolu de sous-titrage pour regarder et comprendre les films. En janvier dernier, il s’est plaint sur un blog de la piètre qualité des sous-titres du film Dom Zly (The Bad House ou The Dark House) de Wojciech Smarzowski. Gêné et déçu une fois de plus, Jamie a adressé à Film It, la société de production, un courrier mentionnant une quinzaine d’erreurs sur les 150 environ qu’il avait relevées. Nous en avons sélectionné cinq ci-dessous pour lesquels nous tentons de donner un équivalent français.



good with mechanics

« He’s good with mechanics » au lieu de « He’s good with machines » (« Il sait y faire avec les mécaniciens » à la place de « Il sait y faire avec les machines »).



bull's eye

« Because you hit the bull’s eye as far as article assortments go ». Là, l’énigme reste entière. Hasardons-nous toutefois à une traduction : « Parce que tu as mis dans le mille en ce qui concerne la collection d’articles. » Si vous parlez polonais et si vous avez vu ce film ou si, en lisant cette phrase, vous faites le rapprochement avec une expression polonaise traduite mot à mot, n’hésitez pas à nous contacter.



emblazonments

« He wanted to stop emblazonments » (« Il voulait faire cesser les blasonnements »). En héraldique, le blasonnement, dans son sens le plus fréquent, est l’action de lire ou déchiffrer des armoiries. La personne qui a fait les sous-titres, a peut-être cherché en vain le mot « embezzlements » qui signifie « malversations » et du coup, le sous-titre pourrait signifier (mais rien n’est moins sûr) : « Il voulait faire cesser les malversations. »



dephlegmator

« Dephlegmator! » : « déflegmateur » ? Là encore, nous renouvelons notre appel aux locuteurs du polonais !



vouched

« You vouched that the dog knocked down the crate to the ground » (« Tu t’es porté garant que le chien avait fait tomber la caisse par terre »). Il est vrai que « jurer » (« swore ») serait peut-être plus approprié. « Vouch » ne se dit pas dans ce cas et il se construit avec « for » de toute façon. C’est une erreur que ne ferait jamais un traducteur anglophone.


Par retour de courrier, la production de Dom Zly a bredouillé quelques explications piteuses telles que le manque de temps ou la difficulté du vocabulaire, mais elle a juré ses grands dieux que la traduction avait été relue par des anglophones. Au vu des multiples erreurs de grammaire, il est permis d’en douter. Il est probable que ce courrier ne fera pas changer la situation mais l’article a attiré de nombreux commentaires sur le blog. Il existe des spectateurs mécontents et ils ne sont pas seuls à pester dans leur coin, en Pologne ou ailleurs dans le monde.

Au-delà de l’anecdote, cet article a le mérite de soulever plusieurs questions : pourquoi fait-on sous-titrer les films ? La réponse qui vient spontanément à l’esprit est que la traduction sous-titrée permet de faire comprendre le sens d’un film à un public étranger. Pourtant dans le cas de Dom Zly, personne n’a compris les sous-titres, qui au lieu d’aider à la compréhension, ont provoqué des ricanements et détourné l’attention du public. En outre, il était indispensable de parler le polonais pour comprendre les sous-titres anglais.

Se peut-il qu’il existe une autre réponse à cette question ? Les films à moyen ou petit budget, dont les droits n’ont pas encore été vendus à des distributeurs étrangers, commencent souvent leur carrière dans les festivals. Lors du dépôt de candidature auprès d’un comité de sélection, le sous-titrage est souvent un prérequis. Le producteur ou le vendeur international, ignorant si le film sera distribué, rechigne souvent à engager des frais supplémentaires dans des travaux qu’il estime accessoires, à un stade où le budget est peut-être déjà dépassé. C’est pourquoi il opte souvent pour une fausse bonne idée : confier la traduction à une vague connaissance cinéphile dont la qualité principale est de travailler gratuitement ou presque mais qui n’est ni traducteur ni locuteur de la langue vers laquelle il traduit. C’est alors que d’autres questions surgissent naturellement : que pensent les comités de sélection des festivals et plus tard, le public, de ce travail ? Se plaignent-ils ? Enfin, une mauvaise traduction joue-t-elle sur le palmarès d’un festival ? Sans doute.

En mai 2010, le film coréen Ha Ha Ha de Hong Sang Soo a reçu le prix de la sélection « Un Certain Regard » du Festival de Cannes alors même que les sous-titres français en sont absolument incompréhensibles. On peut légitimement se demander si les sélectionneurs, et le jury après eux, ont remarqué qu’il y avait un problème. Peut-être ont-ils trouvé que les sous-titres, à mi-chemin entre le coréen et le français, truffés de coquilles et de fautes de français, ajoutaient à la drôlerie de cette comédie ? Ou peut-être plus certainement se sont-ils « rabattus » sur les sous-titres anglais» du film qui semblaient plus cohérents.

Hong Sang Soo, réalisateur et scénariste de Ha Ha Ha, sait-il que le public cannois a ricané en lisant les sous-titres français de son film ? Sait-il que des spectateurs, dont certains étaient des acheteurs potentiels, sont même sortis parce qu’ils ne comprenaient pas le film ? Si oui, s’en est-il plaint ? Et ceci amène une dernière série de questions. Pourquoi les auteurs d’un film ne sont-ils jamais sollicités pour l’étape de la traduction ? Y a-t-il d’autres étapes de la post-production qu’ils ne suivent pas ?

Depuis longtemps, les sous-titrages des films à petit ou moyen budget sont sacrifiés, et les progrès technologiques de ces dernières années tendent à accélérer et aggraver le processus, tout un chacun pouvant bricoler des sous-titres sur son ordinateur sans aucune compétence en la matière. C’est pourquoi les représentants des organisations professionnelles de traducteurs de l’audiovisuel et bien sûr, les traducteurs à titre individuel, chaque fois qu’ils le peuvent, doivent réagir et entreprendre un travail de pédagogie auprès des professionnels du cinéma afin de les sensibiliser à l’importance de la traduction.

Tout le monde y gagnerait ! Les producteurs se rendraient compte qu’il vaut mieux prévoir le coût de traduction en amont dans leurs budgets pour qu’elle ne soit plus la mauvaise surprise venant s’ajouter à la liste des dépassements de budget. La traduction constitue une dépense minime au regard du coût d’un film, même à petit budget. (A titre d’exemple, Dom Zly a coûté environ 1 million de dollars (source) ; un sous-titrage de qualité aurait coûté environ 3 000 euros en France soit quelque 0,3 % du budget total). Si le film est bien traduit, il a de meilleures chances d’être compris, apprécié, et donc acheté, par un distributeur local, le public le comprendra mieux et le bouche-à-oreille sera plus positif. En ce qui concerne les réalisateurs, nous savons que chaque fois qu’ils le peuvent, ils sont ravis de pouvoir travailler avec les traducteurs de leurs œuvres. Le lien direct avec l’auteur original permet de dissiper doutes et ambiguïtés et d’assurer le passage d’une langue à l’autre dans le respect du public, de l’œuvre et de son auteur. Nous sommes certains enfin que les membres des comités de sélection de festivals seraient eux, absolument ravis d’avoir des traductions professionnelles et donc fiables, pour visionner les films qu’ils sélectionnent.

Dans le souci d’accompagner les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel qui sont amenés à commander des sous-titrages et des doublages, l’Ataa publiera prochainement une brochure de conseils à vocation pédagogique.

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juin 14
Disco écrase les prix

Disco écrase les prix

L’Association des Traducteurs-Adaptateurs de l’Audiovisuel se joint aux auteurs des traductions de documentaires destinés aux chaînes Discovery Channel et Discovery Real Time, diffusées en France par le biais du bouquet CanalSat, pour tirer la sonnette d’alarme suite à la dégradation de leurs conditions de travail. La rémunération des traducteurs a en effet baissé de 10% suite à la renégociation du contrat de Discovery avec son sous-traitant, la société Woods TV.

Malgré les sollicitations répétées des traducteurs, Discovery et Woods TV n’ont pas souhaité organiser une réunion tripartite qui aurait permis de renouer le dialogue et d’aborder le fond du problème. Cette baisse imposée sans concertation rend impossible l’obtention d’un travail de qualité, qui est pourtant le credo d’un groupe qui affiche sa volonté de présenter au public des documentaires de prestige. À cette occasion, les auteurs tiennent à rappeler l’importance capitale d’une adaptation de qualité (recherche de vocabulaire technique, niveaux et registres de langue, qualité du français, ton, fluidité) afin de rendre les programmes accessibles aux publics francophones.

Pour en savoir plus, suivez les discussions sur le forum (réservé aux adhérents de l’Ataa) :
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Sous-titrage

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mai 13
If you pay peanuts...

If you pay peanuts... hire a monkey !

Dans son numéro de mars dernier, l’excellent magazine Générique(s) a consacré un article au sous-titrage. Sa rédaction nous a aimablement autorisés à le diffuser en intégralité. Le voici donc.

Le sous-titre est l’ami du sériphile friand de VO. Mais qui sait vraiment comment il est fabriqué ? Eléments de réponse.

Sylvain Gourgeon et Guillaume Regourd

Les sous-titres, on a fini par ne plus les remarquer. Ce qui est exactement le but. Cet outil formidable pour apprécier une œuvre en langue étrangère à sa juste valeur sans être forcément bilingue, est de plus en plus populaire, notamment auprès des sériphiles. Pourtant la méconnaissance autour de sa fabrication reste immense, alors même que l’essor du sous-titrage amateur est venu souligner l’importance de sa qualité. Voici une panoplie de questions parfois pointues, parfois élémentaires, que nous avons posées à des acteurs privilégiés de la scène sous-titrage, qu’ils soient pros (Estelle Renard, adaptatrice entre autres sur les séries Reno 911 et Battlestar Galactica, et présidente de l’ATAA, l’Association des Traducteurs/Adaptateurs de l’Audiovisuel) ou amateurs (Guillaume, François et Marie du site Sub-way.fr) pour tenter d’y voir un peu plus clair.

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