Le point de vue du traducteur : adieu qualité, bonjour Qualité !
Estelle Renard
Voici la traduction de l’intervention présentée par Estelle Renard, au nom de l’ATAA, au 7e colloque Languages and the Media, qui a eu lieu début octobre 2008 à Berlin. Nous avons déjà publié ce texte en anglais : Goodbye quality(?).
L’ATAA sera présente à la prochaine édition de Languages and the Media, du 6 au 8 octobre prochain, toujours à Berlin.
L’an dernier, l’événement au box-office français n’a pas été une superproduction de Hollywood, mais une petite comédie sur les différences de langage et les préjugés ou les liens qu’elles produisent. Bienvenue chez les Ch’tis a remporté un immense succès, et plus de la moitié de la population française l’a vu. Comme il se fonde sur le langage et les plaisanteries langagières, le film aurait dû se perdre en traduction. Ce n’a pas été le cas. Grâce à la compétence du traducteur et à l’attention que leur a portée le réalisateur, les sous-titres anglais sont si bons qu’un journaliste du Guardian a suggéré qu’un tel tour de force méritait la création d’une nouvelle catégorie d’Oscars pour les sous-titreurs. C’est grâce à la qualité de sa traduction que le film a pu avoir une carrière internationale.
Si l’anecdote prouve quelque chose, ce n’est pas le goût raffiné des Français, mais la valeur du travail des traducteurs audiovisuels.
Et en effet :
- ce n’est pas seulement parce que sans traduction, un produit audiovisuel ne passera pas les frontières de son pays d’origine ;
- ni parce que sans bonne traduction, un programme sera diffusé, mais sans être apprécié à sa juste valeur et parfois sans même être compris.
La traduction est plus encore, elle donne une valeur ajoutée à ce qu’on appelle un « produit », pour adopter le vocabulaire commercial.
Cette histoire est intéressante aussi parce que la comédie des différences culturelles, et en particulier de celles qui passent par la langue, est le défi suprême pour un traducteur audiovisuel. Elle démontre que ce que nous faisons est, par essence, quelque chose de non quantifiable. Ce quelque chose est aussi au centre, au cœur même du métier que nous exerçons. La créativité et l’efficacité ne peuvent pas se mesurer ou se quantifier selon des critères industriels ou commerciaux.
Alors, comment évaluer quelque chose qui n’est pas quantifiable ? La question semble pertinente, mais dans notre industrie, elle nous entraîne dans une fausse direction. Dans ce secteur, toutes les sociétés, de la plus grande à la plus petite, se vantent de la qualité des traductions qu’elles offrent. En même temps, elles se vantent de pouvoir obtenir cette qualité à un prix défiant toute concurrence, prix qui se réduit d’année en année. Ma question est : qu’y a-t-il derrière ces proclamations ? Je voudrais montrer que la qualité telle que l’industrie la définit se « traduit » toujours par une réduction du tarif payé au traducteur. Pourquoi ? suite »




