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FAIRE ADAPTER UNE ŒUVRE AUDIOVISUELLE

- CE QU'IL FAUT SAVOIR - 

 

L’adaptation est la traduction, sous forme de doublage, sous-titrage, voice over, ou sous-titrage pour sourds et malentendants, d’une œuvre audiovisuelle : long métrage, série télévisée, film documentaire, etc.

Sans adaptation, une œuvre ne sera pas diffusée au-delà de son pays d’origine.

Sans adaptation de qualité, l’œuvre sera diffusée, mais elle ne sera pas appréciée à sa juste valeur.

Parfois, elle ne sera même pas comprise. Deux articles publiés en 2007 dans la revue Variety témoignent de l'inquiétude des réalisateurs (Oscar Noms Not Lost in Translation) et de celle de la profession en général (Subtitle Quality Lost in Translation).

 

Le doublage et le sous-titrage constituent pour les distributeurs, les festivals, les éditeurs vidéo et les chaînes de télévision, le seul et unique moyen d’exploiter des programmes étrangers et d’exporter des œuvres au-delà de leur espace linguistique d’origine.

D’un point de vue économique, le métier d’adaptateur est donc générateur d’une très forte valeur ajoutée. Sans la perspective de ventes internationales, nombre d’œuvres, notamment les coproductions européennes, ne pourraient même pas entrer en production. Sans adaptation, la plupart des festivals ne pourraient pas exister. Sans adaptation, pas de séries américaines à la télévision, pas de films japonais, indiens ou italiens au cinéma. Sans adaptation, pas de DVD.

D’un point de vue créatif, la traduction audiovisuelle est tout aussi incontournable. C’est en effet le traducteur qui communique le sens général, mais surtout les subtilités de l’œuvre. Et seule une adaptation de qualité permet de ne pas trahir l’original.

Enfin, d’un point de vue éducatif, la qualité des adaptations que regardent les enfants à la télévision a un effet déterminant sur leur niveau de langue et leur capacité à la lecture.

La traduction audiovisuelle est donc un vecteur indispensable de la création. Comparé aux coûts de développement, de production et de post-production d’un film, le prix d’une adaptation facturée aux tarifs recommandés par la profession est minime pour le doublage, dérisoire pour le sous-titrage.

1) Les dangers d’une mauvaise adaptation

2) Comment obtenir une traduction qui rende justice à l’original ?

3) Le prix d'une bonne adaptation

4) Faire appel à un non-professionnel, une redoutable fausse bonne idée

5) Comment choisir un auteur d’adaptation professionnel ?

6) Si vous passez par un prestataire de postproduction

 

 

1) Les dangers d’une mauvaise adaptation

Bien plus qu’une personne lisant un livre, un spectateur qui regarde un film a besoin de s’y plonger totalement pour l’apprécier. Il doit oublier qu’il est devant un écran. Avec un DVD, il peut toujours revenir en arrière si quelque chose lui a échappé, mais il sort du film, ce qui l’empêche de l’apprécier. Au cinéma ou à la télévision, c’est encore pire, puisqu’il est impossible de revenir en arrière. Un doublage qui colle trop à l’anglais ? Les dialogues ne sont pas naturels, les personnages et les situations deviennent ridicules. Une mauvaise synchronisation avec le mouvement des lèvres ? C’est le fou rire assuré. Un contresens ? On ne comprend plus la scène. Un sous-titre écrit en mauvais français ? On accroche, on tente de le relire mais c’est trop tard. Du coup, on rate la réplique suivante. Des sous-titres qui apparaissent au mauvais moment ou durent trop longtemps ? L’impact visuel du film est réduit à néant. Trop de texte dans les sous-titres ? Le film d’action devient un pensum. Un commentaire audio de DVD traduit au kilomètre ? On ne comprend plus qui parle, on perd le fil. Une traduction plate ? L’humour et les subtilités disparaissent. Un commentaire en voice over mal écrit ? On s’ennuie rapidement.

Il y a mille et une manières de trahir une œuvre. En voici quelques exemples.

 

CONTRESENS

Un tueur raconte comment il a choisi sa dernière victime :
« I picked up a loser that nobody would miss. »
« J’ai choisi un loser que personne ne raterait. »
« To miss » signifie « rater », mais aussi « manquer à ».
On peut adapter ainsi : « J’ai choisi un loser que personne ne regretterait. »

 
Un célèbre détective privé remercie son indicateur :
« Thanks for the tip. »
« Merci pour le pourboire. »
« Tip » signifie « pourboire », mais aussi « tuyau », dans le sens d’information.

 
Les sénateurs romains ne se laissent plus impressionner par l’empereur :
« The senators are getting bolder »
« Les sénateurs s’arrachent les cheveux »
« To get bolder » signifie « devenir plus audacieux ». « To get balder » signifie « perdre ses cheveux ».
On pouvait écrire : « Les sénateurs prennent de l’assurance. »

 
FAUX AMI

Un super-héros bien connu n’a pas témoigné au procès de son ennemi juré :
« Superman failed to show in court. »
« Superman n’est pas venu à la cour. »
Ici « court » signifie « tribunal ». La phrase française donne l’impression que Superman était attendu à la cour du roi.

Un roi barbare raconte comment il a acquis une magnifique corne d'or.
« I claimed it after killing the dragon Fafnir. »
« Je l'ai réclamée après avoir tué le dragon Fafnir. »
Ici, « claim » signifie « prendre possession de », « affirmer son droit sur », « obtenir de plein droit » ou encore « obtenir de haute lutte ». (Ex. du New York Times : « Senator Barack Obama claimed the Democratic presidential nomination on Tuesday night, prevailing through an epic battle with Senator Hillary Rodham Clinton. »)
Le premier sens de « claim » est bien « réclamer ». Mais dans le contexte, cette traduction introduit un effet comique involontaire en donnant l'impression que le roi s'est adressé au bureau des réclamations (au fond de la caverne, à gauche) pour obtenir son trophée.
On aurait pu traduire par : « Ce fut ma récompense pour avoir tué Fafnir, le dragon. »


 
MECONNAISSANCE DU CONTEXTE CULTUREL

Un candidat au Congrès veut gagner en crédibilité.
« We'll have the fundraiser here. Makes me look fiscally responsible. »
« On recueillera les fonds ici. Je serai fiscalement responsable. »
« Fiscally responsible » est devenu une expression courante depuis les années Clinton, au cours desquelles les démocrates ont tout fait pour équilibrer le budget de l’Etat fédéral afin de se défaire de leur image de dépensiers.
On peut écrire : « On recueillera les fonds ici. Je veux avoir l'air économe. »

 
A la Maison-Blanche, un haut responsable du gouvernement américain, qui ne doit pas lire souvent le journal, appelle la World Trade Organisation,
« L’Organisation du commerce mondial »
On aurait préféré : « L’Organisation mondiale du commerce » (l’OMC !).

 
TRADUCTION LITTERALE

Une journaliste montre son magnétophone à son interlocuteur pour savoir si elle peut l’enregistrer.
« Is it kosher ? »
« C’est casher ? »
« kosher » Expression idiomatique américaine, new-yorkaise même, qui signifie « C’est permis ? » ou « Ça ne vous choque pas ? » En France, « casher » n’est utilisé que pour la nourriture. Cette phrase ne veut donc rien dire.
On pouvait écrire : « Pas de problème ? »

 
Un policier comprend qu'il s'est trompé de suspect
« We were looking for a man with a gun. The killer is a woman with a grudge »
« On cherchait un homme avec un flingue. Le tueur est une femme à rancune. »
« a woman with a grudge » est un bon mot, la structure de la phrase renvoie à « a man with a gun ».
La traduction française efface le bon mot. Plus grave, si « a woman with a grudge » est une phrase correcte en anglais, « une femme à rancune » n'est pas du français et ne veut rien dire.


Un personnage des Brasiers de la passion en prévient un autre :
« You’d better watch your back. »
« Tu ferais mieux de surveiller ton dos. »
Le doublage transforme une mise en garde en conseil médical.
On aurait pu traduire cette expression idiomatique par : « Tu devrais rester sur tes gardes. »

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2) Comment obtenir une traduction qui rende justice à l’original ?

Un traducteur professionnel doit disposer de tous les éléments nécessaires à l’adaptation de l’œuvre :

- Un document vidéo de bonne qualité, en particulier au niveau du son. Si vous fournissez un fichier vidéo, compressez-le le moins possible.

- Un script fidèle contenant notamment les noms propres correctement orthographiés.

- Une information sur le public visé (pour un documentaire sur la navigation, par exemple, le traducteur choisira une langue plus ou moins technique selon que la version française cible un public familial ou un public de passionnés).

- Le cas échéant, une information sur la ligne éditoriale de la chaîne ou de la case concernée.

- Un délai de travail suffisant. Traduire un documentaire de 52mn en deux jours ou un long métrage en quatre jours donne rarement des résultats probants.

- Et bien sûr, un niveau de rémunération qui ne forcera pas le traducteur, aussi professionnel soit-il, à « abattre du volume » au détriment de la qualité.

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3) Le prix d'une bonne adaptation

Bien sûr, rien ne dit que l’adaptation la plus chère sera la meilleure, mais en dessous d’un certain prix, il est très probable que l’adaptation va nuire à l’œuvre au lieu de la mettre en valeur. Comme tout professionnel, plus un traducteur possède d’expérience et de compétence, moins il sera enclin à accepter de travailler au rabais. Rogner sur son tarif, ou laisser votre prestataire de service faire la même chose, augmente mécaniquement vos chances d’obtenir un résultat décevant.

Certes, l’adaptation est une dépense, qui plus est incontournable. Mais que représente-t-elle par rapport aux sommes investies dans la production ou l’achat du programme concerné ? Est-il opportun, en économisant sur une dépense tout à fait marginale, de mettre en danger cet investissement en compromettant le confort des spectateurs et leur compréhension de l’œuvre ?

L’adaptation est le filtre qui conditionnera la réception du programme. Tout le temps, les efforts, le professionnalisme et l’argent que vous avez investis dans l’œuvre doivent passer par ce filtre.

 

Se voir proposer une adaptation « tout compris » (repérage/détection, adaptation, vérification/simulation) pour 50 % du tarif habituellement pratiqué par les professionnels peut sembler alléchant. Mais feriez-vous confiance à un concessionnaire qui vendrait ses voitures deux fois moins cher qu’ailleurs en prétendant assurer la même qualité ? En traduction comme partout, ce qui semble trop beau pour être vrai… l’est souvent.

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4) Pourquoi il ne faut pas faire appel à un non-professionnel

Cette possibilité peut parfois sembler tentante, surtout si l’on dispose d’un budget serré. Et il est facile de trouver dans son entourage quelqu’un qui parle anglais, enseigne l’allemand ou étudie le japonais.

Scénario, pré-production, lumière, prise de son, acteurs, musique, montage, étalonnage, etc. Toutes les étapes de la production d’une œuvre audiovisuelle destinée à une diffusion commerciale sont confiées à des professionnels. La raison de cet état de fait est évidente : faire appel à des professionnels permet de s’assurer un résultat professionnel.

Pourquoi l’adaptation de l’œuvre, sans laquelle celle-ci n’est pas diffusable, devrait-elle déroger à cette règle ?

Dans la vie courante, parler, enseigner ou étudier une langue suffit à comprendre et à se faire comprendre. Mais cela n'a rien à voir avec l'expression écrite. Le professeur d’allemand ou l’étudiant en japonais connaît-il suffisamment la culture du pays dont l’œuvre est originaire ? Et surtout, possède-t-il les compétences littéraires et le talent de dialoguiste qui seuls permettent de réaliser une traduction claire, fluide et donc invisible pour le spectateur ?

Le recours à des étudiants ou à des stagiaires, en langue ou en traduction, peut également sembler une bonne idée. Et d’ailleurs, comme partout, le secteur de l’audiovisuel emploie des stagiaires. Mais ils sont assistant régie, chauffeur, assistant lumière ou montage. Personne ne penserait à employer un stagiaire à des postes clefs, comme directeur de la photographie ou monteur. Pourquoi le faire sur un poste aussi important que l’adaptation ?

Vous souhaitez présenter une œuvre à une chaîne, à un festival, à un organisme qui délivre des subventions, à un distributeur ? Si vous voulez qu'ils apprécient votre travail, assurez-vous d'abord qu'ils le comprendront.

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5) Comment choisir un auteur d’adaptation professionnel ?

L’adaptation audiovisuelle est une activité intellectuelle exigeante qui requiert de nombreuses compétences.

Excellente connaissance de la langue et de la culture du pays d’origine du film

L’auteur que vous avez choisi est-il à même de comprendre des parlers régionaux ou vulgaires ? Un fermier australien ou une concierge autrichienne ? Connaît-il suffisamment l'histoire et la culture du pays d’origine pour comprendre les plaisanteries, reconnaître les références culturelles et discerner les différents niveaux de langage ?

Une connaissance meilleure encore de la langue de rédaction

De manière générale, il n’y a que dans sa langue maternelle qu’un auteur possède toutes les subtilités de langage qui sont nécessaires pour rendre les finesses d’un dialogue ou d’un commentaire et pour jouer des différents niveaux de langue. Certains personnes peuvent être très à l’aise dans deux langues, on dit alors qu’elles sont bilingues. Cependant, il est extrêmement rare que cette aisance se retrouve à l’écrit dans les deux langues.

Les Scandinaves parlent en général très bien anglais, mais rarement assez pour l’écrire. De même, les Québécois ou les Belges comprennent parfaitement le français, mais ils le parlent et l’écrivent d’une manière différente, immédiatement repérable par les Français. Même problème entre l’espagnol parlé en Espagne et celui parlé dans les différents pays d’Amérique latine.

Une sensibilité artistique et des talents de dialoguiste

Si vous souhaitez que les dialogues de votre film soient aussi naturels, percutants ou brillants que ceux créés par le dialoguiste d’origine, vous avez besoin de quelqu’un qui a un sens de l’écriture aussi développé.

La maîtrise des techniques de recherche documentaire

Pour les documentaires, bien sûr, mais aussi pour tous les films de fictions qui se déroulent dans un milieu particulier, avec son jargon propre… sachant que presque tous les milieux sont particuliers !

Le réalisateur de l’œuvre originale a souvent passé des mois à se documenter avant de passer à la phase d’écriture. Que penser d’un « traducteur » qui ne ferait aucune recherche ou qui n’utiliserait pas, faute de compétences ou de temps, les techniques de recherche documentaire ? Dans la VF aussi, les spectateurs doivent sentir que le sujet du film est maîtrisé.

 

Le traducteur-adaptateur professionnel doit donc être un expert de la rédaction avec des compétences similaires à celles d’un scénariste, d’un dialoguiste ou d’un reporter, doublé d’un spécialiste d’une ou plusieurs langues et cultures étrangères. C’est à cette condition seulement qu’il pourra écrire une adaptation personnalisée de votre programme, en tenant compte des particularités de l’œuvre.

Et ces qualités ne sont pas uniquement requises pour traduire les films d'auteur. L'adaptateur doit être compétent quelle que soit la nature ou la qualité supposée d’un programme. Documentaire animalier, film de yakusas, série de science-fiction, film d’horreur, télé-réalité, tous ces genres ont leurs conventions, leur vocabulaire, leur rythme, leurs codes et leur ton qu’il faut respecter, sous peine de décevoir le public que l’on souhaite toucher en les diffusant.

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6) Si vous passez par un prestataire de postproduction

Aujourd’hui, dans le secteur de la vidéo et de la télédiffusion, la majorité des adaptations ne sont plus commandées aux auteurs par l’éditeur ou la chaîne qui vont les diffuser. Le client final confie l’adaptation à des entreprises de postproduction spécialisées, ou non, dans le doublage et le sous-titrage.

Cette organisation du travail offre, a priori, l’avantage de la simplicité pour l’éditeur ou le diffuseur, qui n’a alors qu’un seul interlocuteur. Cependant, il ne faut pas oublier que ce mode de fonctionnement correspond à celui de la sous-traitance. Or si la sous-traitance est très efficace pour réduire le coût de fabrication des boulons, des pneus ou des semelles de chaussure, la multiplication des intermédiaires peut poser problème lorsque la tâche en question relève de l’activité intellectuelle. En effet, qui dit activité intellectuelle, dit individu. Et chacun sait, ou devrait savoir, que les individus ne sont pas interchangeables. Lorsque le diffuseur fait appel à un sous-traitant pour réaliser l’adaptation de son programme, il renonce au contact individuel avec l’auteur, ce qui peut avoir certaines conséquences sur la qualité de l’adaptation.

Vous en doutez ? Comparez la qualité des adaptations destinées au cinéma avec celles destinées à la télévision ou, pire, au DVD. D'où vient cette différence de qualité ? Pour les sorties salles, les distributeurs de films travaillent toujours en direct avec l'auteur de leur choix. Aucune perte d'information possible, délais plus confortables, meilleure disponibilité de l'auteur, le résultat s'en ressent forcément.

 

Voici une liste non exhaustive de questions qu’il nous semble pertinent de se poser lorsque l’on fait appel à un prestataire pour choisir la personne qui réalisera l’adaptation. Travail sans lequel l’œuvre que vous avez créée ou achetée ne peut être ni diffusée ni appréciée.

- Connaissez-vous le nom de l’adaptateur qui va traduire votre programme ? Connaissez-vous son travail ? Pouvez-vous le ou la contacter pour lui présenter l’œuvre et lui donner vos recommandations ou vos consignes ? Ou pour vous assurer qu’elles lui ont été transmises ? Votre interlocuteur chez le prestataire est-il capable de comprendre et de transmettre vos consignes ? L’utilité de n’avoir qu’un seul interlocuteur disparaît rapidement si l’on est constamment obligé de faire relire les programmes en interne parce que les consignes n’ont pas été respectées.

- Comment le prestataire a-t-il choisi le traducteur ? A-t-il choisi une personne dont il connaît bien le travail ? Une personne habituée à ce type de programme ? La seule personne qui était disponible ? La seule qui était prête à descendre jusqu’au tarif proposé ?

- Quel est le niveau de compétence du traducteur auquel fait appel le prestataire ? Traducteur confirmé ? Débutant ? Stagiaire ? Etudiant ? Cette question est d’autant plus pertinente que le prix proposé par le prestataire semble « imbattable ». Là encore, ce qui est économisé en passant par un seul interlocuteur peut être largement perdu en heures de relecture et en allers-retours entre vous, le traducteur et le prestataire.

- La part réelle de la rémunération versée à l’auteur apparaît-elle dans le devis présenté par l’entreprise de doublage/sous-titrage ? Si non, pour quelle raison ?

- Ce montant correspond-il aux tarifs recommandés par les organisations professionnelles ? S’en approche-t-il ?

- Le prestataire a-t-il donné le maximum de temps à l'auteur ? Ou lui a-t-il simplement imposé le délai qui l'arrange ? Il est courant de devoir se précipiter pour rendre un travail, pour apprendre ensuite que le client final avait laissé une ou deux semaines de plus au prestataire.

- L’auteur chargé de l’adaptation est-il payé en fonction du travail réellement accompli ? Ou s’est-il vu imposer un forfait (à l’épisode ou à la minute) ? S’il s’agit d’une série, l’auteur s’est-il vu imposer un tarif plus bas contre la promesse d’un volume « assuré » ? Une fois qu’il a accepté d’adapter une œuvre, l’auteur fera de son mieux pour rendre un travail satisfaisant. Mais la meilleure volonté du monde peut être entamée par un tarif humiliant ou un forfait, mode de rémunération qui signifie clairement à l’auteur qu’il travaille « au kilo ».

- Si le programme en question est une série, l'adaptation est-elle supervisée et coordonnée par une personne ? Cette personne est-elle rémunérée pour ce travail ? Les auteurs voient-ils tous les épisodes, ou n’ont-ils accès qu’à ceux qui leur sont distribués par le prestataire ?

- Pour le sous-titrage, le prestataire a-t-il fait travailler l’auteur sur un vieux fichier de sous-titres ? Souvent présentée comme un moyen de réduire les coûts, cette solution pose de nombreux problèmes. Avant toute chose, où le prestataire a-t-il trouvé le fichier de sous-titres ? Dans ses archives ou sur Internet ? L'auteur du sous-titrage original a-t-il donné son autorisation pour que son travail soit ainsi réutilisé et/ou modifié ? Attention, le Code de la propriété intellectuelle précise que si une œuvre est modifiée sans l'autorisation de son auteur, il s'agit d'une contrefaçon. Rappelons enfin qu'une adaptation reste la propriété de son auteur et que seul un diffuseur cotisant à la Sacem, ou l'auteur lui-même, a le droit de la revendre.

Au-delà de ces problèmes d'ordre juridique, la reprise de fichiers anciens ne permet pas d'arriver à un résultat satisfaisant en terme de qualité. En effet, si on peut être certain que l'auteur sera payé (au moins) moitié moins que son tarif habituel, le travail, lui, n’est pas déjà « à moitié fait ». Les normes et les conventions de l’adaptation en sous-titrage (repérage, temps de lecture) ont beaucoup changé depuis une vingtaine d’années, sans parler de la langue elle-même, qui évolue constamment. Un seul constat suffit à résumer le problème : la simulation n'existe que depuis 1984 ! Une traduction est un travail intellectuel réalisé par un individu vivant à une époque donnée. En conséquence, plus le fichier existant est ancien, plus il est difficile d’en tirer quelque chose. Voilà pourquoi passer derrière quelqu’un prend en fait autant de temps que réaliser une nouvelle adaptation. En général, si le fichier date d’avant les années 1970, il est illusoire de penser pouvoir le recycler. S’il est impossible de sauver le fichier existant, l’auteur peut évidemment choisir de tout refaire. Mais pourquoi le ferait-il s’il n’est payé que pour un « toilettage » de l’ancienne version ?

- Si vous ne pouvez être présent pour superviser la simulation ou la vérification, la personne qui va effectuer cette étape avec l’auteur est-elle un technicien ou a-t-elle une formation/expérience de traduction ? Peut-elle juger de la fidélité à l’original (parle-t-elle la langue d’origine du programme ?) et de la qualité de l’adaptation ? Si ce n'est pas le cas, cette « simulation » ne servira à rien, du fait de l'absence d'un œil extérieur compétent. Si vous avez un doute à ce sujet, nous vous recommandons vivement de faire participer à la simulation/vérification une personne qui connaît bien l’œuvre et est capable d'évaluer la qualité de l'adaptation. Cela vous permettra de contrôler la qualité, de connaître les conditions de travail réelles de l’auteur et de vous familiariser avec ce métier encore méconnu, toutes choses qui vous feront gagner du temps par la suite.

 

Impliquez-vous !

L’adaptation est une phase primordiale de la commercialisation d’une œuvre étrangère. Il y a une démarche à respecter. Si vous la négligez, vous risquez de perdre du temps et d’obtenir un mauvais résultat qui desservira votre programme. Consacrez le temps nécessaire à vous renseigner sur les tarifs et les délais, informez l’auteur de vos intentions et de vos exigences, sinon vous aurez peu de chances d’obtenir ce que vous voulez. C’est peut-être l’affaire de dix minutes ou de deux heures, mais prendre un peu de temps pour discuter avec l’auteur vous évitera de nombreux soucis... et vous fera faire des économies.

 

 

Article en partie inspiré de « Traduction, Faire les bons choix. Petit guide de l’acheteur de traduction », disponible sur le site de la Société Française des Traducteurs.

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